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Isabelle Autissier, son engagement pour sauver la planète
Le samedi 26 mars 2011, la navigatrice Isabelle Autissier, invitée par la municipalité dans le cadre de l'Agenda 21 de Saint-Jean-de-la-Ruelle, a rencontré le public à la médiathèque Anna-Marly. En qualité de présidente de WWF (World Wide Fund) France, cette femme engagée pour la sauvegarde la planète est venue parler environnement. Franche, passionnée, simple et abordable, Isabelle Autissier a ouvert un débat de deux heures sans détour avec les habitants et plusieurs élus stéoruellans, dont Christophe Chaillou, le maire, et Pascal Laval, adjoint chargé de l'aménagement et du développement durable.
Voici l’essentiel du questions-réponses de cet entretien très enrichissant et réaliste avec la première femme à avoir accompli un tour du monde à la voile en compétition (1990), sur l'avenir de la Terre.
- Question : Quel est votre rôle en tant que présidente de l’association WWF ?
- Isabelle Autissier – WWF a 50 ans cette année, elle compte 5 millions de membres dans le monde dont 170.000 en France. C’est la première association environnementale de défense d’espèces menacées, des biotopes, les zones de vies de ces espèces. L’objectif est de pousser la réflexion sur le « comment on mange, comment on vit, on travaille » pour que nos activités ne soient pas destructrices de la planète. Mais nous nous penchons aussi sur la question énergétique au sens large.
- Justement, concernant l’énergie, quelles
sont les autres solutions que le nucléaire ou le charbon ?
I.A – Concernant le nucléaire , il est plus qu’urgent de remettre les choses à plat, tant pour des questions climatiques que de sécurité. En France, on a une consommation monstrueuse d’énergie et, par exemple, il faut une tranche de centrale entière pour alimenter les veilles des appareils électroménagers et les vitrines de magasins allumés à 4 heures du matin ! Est-ce bien utile ? Il faut inventer, investir dans la recherche de nouvelle production énergétique . En plus, c’est créateur de richesse et d’emploi. A WWF, on veut un Grenelle de l’énergie.
- Où en est-on de l’énergie marine ?
I.A – Les pionniers sont les Espagnols et les Écossais. En France, on est en retard alors que l’on dispose de plus d’énergie qu’on en consomme. On étudie les techniques autour du mouvement de la mer, car on peut capter l’énergie de la houle, des vagues, des marées et des courants, notamment dans la Manche au Nord de la Bretagne. C’est une question de volonté politique et, là encore, il faut encourager la recherche.
- Avez-vous vu, lors de votre dernier voyage en Antarctique les conséquences du réchauffement climatique ?
I.A - La péninsule où vont les voiliers s’est réchauffée de 4 à 5 °, c’est énorme. On voit plus d’îles et de rochers qu’avant. La glace permanente se morcèle. Je pense à l’île Charcot qui, il y a trois ans… n’était pas une île ! Vers 2050, les manchots Empereur auront disparu, car ils ont besoin d’une banquise stable et non morcelée comme c'est désormais le cas.
- Que font les marins de leurs déchets ?
I.A – On les rapporte ! A part ce qui est biodégradable, on les garde et on les entrepose dans des gros fûts de 200 litres en plastique que l’on dépose à Ushuaia. Les piles électriques, je les rapporte en France pour les recycler. De toute façon, en Antarctique, « Terre de science et de paix », il ne faut rien laisser.
- Quel est le poids des propositions de WWF face à l’Etat ?
I.A – Pour ma part, j'ai participé au Grenelle de la mer et fait des propositions. WWF essaie de travailler avec les pouvoirs publics, nous sommes parfois consultés. Nous sensibilisons aussi les grandes surfaces, qui sont au contact des producteurs et des consommateurs, afin de les inciter à ne pas vendre de produits OGM (les États-Unis par exemple, commencent à produire du saumon OGM) de thon rouge ou de produits à base d’huile de palme. Mais en fait, c’est à nous, citoyens, de vivre autrement. Pour faire avancer les choses sur la question de l’environnement, il faut aujourd’hui tous se mettre autour d’une table, l’Etat, les collectivités locales, les industriels, les salariés et les associations. Car on ne gagne pas tout seul.
- Étant donné vos connaissances et votre engagement accepteriez-vous d’être ministre de l’Environnement ?
I.A - Non ! Quel que soit le parti au pouvoir, et même si c’était Éva Joly. La politique, les stratégies, ce n’est pas ma tasse de thé. Je n’irai jamais ! Au contraire, la vie associative me convient très bien et je préfère agir pour les organisations non gouvernementales (ONG).
- Êtes-vous optimiste sur l’écologie ?
I.A - L’optimisme et le pessimisme sont deux pôles qui relèvent de la démission. Je pense que la situation de la planète est vraiment grave. Pour la première fois, une espèce (l’homme) a transformé sa planète. Quand on analyse la situation, on a raison de sonner le tocsin. Cette société de consommation ne nous a pas rendus heureux, il faut trouver ensemble des solutions. Il faut sauver la planète pour se sauver nous-mêmes.
Propos recueillis par
Bertrand Caillard.